La forêt et la filière bois à la croisée des chemins : l’arbre des possibles

«  La forêt et la filière bois à la croisée des chemins : l’arbre des possibles » : tel est le charmant titre d’un rapport remis par Mme Anne-Laure Cattelot, Députée du Nord.

Voici ce rapport :

Et en voici les principales propositions :

Recommandation n°1 : doubler les moyens de la recherche appliquée sur la forêt et le bois, ainsi que les moyens de veille de terrain et d’inventaires, en s’inscrivant dans le plan recherche innovation 2025 et en portant en même temps une ambition européenne pour la forêt et le bois.

Recommandation n°2 : accroitre l’accès aux technologies de pointe pour la collecte et le traitement de données de suivi à long terme de la forêt et pour garantir la performance technique, économique, sociale et environnementale des travaux en forêt : outils d’acquisition de données, traitement de la donnée massifiée, outils de traitement d’image, capteurs connectés, mécanisation à moindre impact, exosquelettes, robotisation…). 

Recommandation n°3 : structurer le maillon essentiel de coordination et de transfert de la connaissance pour éclairer scientifiquement les choix des forestiers, proposer des outils de diagnostic et des options de gestion pertinente pour le climat.

Recommandation n°4 : mettre en conformité avec le changement climatique tous les documents de gestion forestiers et augmenter rapidement de 200 000 ha les forêts sous gestion durable.

Recommandation n°5 : pour donner corps à l’engagement du président de la République visant 10 % d’aires protégées terrestres et marines en pleine naturalité d’ici 2022, engager une concertation régionale sur les objectifs de surface forestière à doter de protection réglementaire ou contractuelle, en tenant compte des forêts aujourd’hui en libre évolution, notamment en montagne. Engager la protection forte de 180 000 hectares de forêt tropicale en Guyane.

Recommandation n°6 : assumer de mobiliser le bois issu de nos forêts gérées durablement, au profit d’une valorisation nationale et d’une hiérarchie des usages du bois fondée sur l’empreinte climatique, biodiversité, sociale et économique des produits. Tripler les quantités de bois dans la construction d’ici 2050. Parallèlement, réduire la déforestation importée par notre économie pour étendre aux forêts mondiales les pratiques de gestion durable appliquées à notre patrimoine forestier

Recommandation n°7 : tout en renouant le dialogue entre chasseurs et forestiers au plan national, appliquer rapidement des solutions territoriales pour assurer ou restaurer un équilibre forêt-gibier et protéger la régénération vitale de nos forêts au bénéfice de tous.

Recommandation n°8 : investir urgemment pour disposer d’essences et de provenances nécessaires à l’adaptation de nos forêts pour sécuriser la chaîne de production de plants et être autonome, en créant de nouveaux vergers à graines publics, en renouvelant les peuplements classés et en expertisant toute autre source de graines.

Recommandation n°9 : créer un ministère dédié à la forêt et au bois pour porter cette politique transversale. Les enjeux traditionnels du bois et du patrimoine forestier rejoignent aujourd’hui les défis environnementaux, économiques, d’aménagement et sociaux essentiels, dans un contexte de transition écologique, de protection de la biodiversité et d’objectif zéro émissions nettes

Recommandation n°10 : lancer la création d’une agence unique « Agence nationale des forêts », regroupant notamment l’ONF et le CNPF, valorisant l’intelligence collective, avec un budget et des effectifs consolidés pour porter une politique cohérente et être le pilote du Fonds pour l’avenir des forêts.

Recommandation n°11 : déployer une organisation de gestion de crise nationale et territoriale pour faire face efficacement aux risques sanitaires, aux épisodes climatiques extrêmes, aux incendies et aux particularités des territoires de montagne et savoir mobiliser le bois à l’issue de ces épisodes.  

Recommandation n°12 : activer la coopération au sein de l’Union Européenne pour décliner une stratégie collective de la forêt avec des moyens mutualisés et débattre de la taxe carbone aux frontières européennes.

Recommandation n°13 : instaurer un médiateur national de la forêt avec une équipe légère pour répondre aux conflits d’usage et aux interrogations des parties prenantes pour éviter les litiges et points de crispation.

Recommandation n°14 : permettre à chaque élève français d’expérimenter la classe en forêt, accompagner de sorties nature, découvertes ou sportives, pour concrétiser les apprentissages théoriques au coeur de la nature : l’équivalent d’une semaine pendant son cycle en maternelle et de deux semaines pendant son cycle primaire est un point de départ.

Recommandation n°15 : limiter la taille des coupes rases à 2 hectares maximum, hors cause sanitaire, au vue de leur sensibilité, des incertitudes environnementales et de leur incarnation d’un modèle mono-spécifique trop risqué à l’avenir du fait du changement climatique, la diversité des essences étant un facteur de résilience de la forêt et de la ressource bois. Cette limite pourra temporairement être adaptée par sylvoécorégion, dans la limite de 10 ha, dans le cadre d’une gouvernance régionale associant toutes les parties prenantes, pour tenir compte des spécificités des territoires.

Recommandation n°16 : créer et expérimenter des projets forestiers de territoire, à l’échelle d’un massif ou d’une intercommunalité, adossé à un espace d’échanges et de concertation de type « Conseil territorial des forêts ». Ces « plans locaux forestiers » porteraient le consensus territorial permettant l’adaptation des forêts au changement climatique.

Recommandation n°17 : créer le Fonds pour l’Avenir des Forêts, abondé par le public et le privé, doté de 300 millions d’euros par an sur 30 ans pour reconstituer massivement les forêts sinistrées, anticiper, enrichir et adapter à l’aune de nos connaissances les peuplements vulnérables au changement climatique et créer de nouvelles forêts (boisement d’un million d’hectares en 30 ans) en s’assurant d’un maximum de diversité et de l’intégration dans des projets de territoires concertés. La compensation carbone et les services environnementaux seront valorisés par ce fonds.

Recommandation n°18 : soutenir l’innovation et favoriser l’investissement des scieries et des industries de la transformation pour qu’elles se modernisent, gagnent en compétitivité et soient adaptés à la forêt française telle qu’elle est et telle qu’elle sera demain. .

Recommandation n°19 : valoriser les caractéristiques exceptionnelles des outre-mer en protégeant les forêts et en construisant les outils économiques pour transformer le bois. Chaque territoire d’outre-mer mérite un plan forêt-bois spécifique.